Par les temps qui courent, comment se consacrer au futile? Tandis que le monde vacille, que nos repères volent en éclats, que les frontières explosent, que nos systèmes politiques et économiques s'obstinent à recourir aux mêmes solutions absurdes, nous avons de plus en plus besoin de sens. Le sujet s'est imposé à moi comme une évidence. Traiter du chemin de nos vies, du cours qu'elles prennent, volontairement et par hasard. J'ai choisi de raconter le destin de huit personnages - plus un -, qui tantôt subissent, tantôt choisissent, ballotés par les aléas de la vie, les expérimentant de façon passive ou combative. Huit personnages, conditionnés par leur environnement socioculturel, leurs convictions religieuses ou philosophiques, de milieux sociaux opposés, d'horizons éloignés, d'âges différents. Que fait-on de sa vie? Quels choix se présentent à nous? A quel moment peut-on blâmer la fatalité? Est-on libre, et jusqu'où? De tout temps et partout dans le monde, les hommes ont développé des théories autour de la fatalité et de la liberté. Dans nos sociétés où la liberté individuelle est sacralisée, et qui pourtant semblent avoir créé des macrosystèmes hors de contrôle, quelle est notre part de responsabilité?
Pour la forme: la «docufiction»
Une forme qui rend à mon sens encore mieux compte de la réalité que la réalité elle-même. Avec l'assentiment de mes personnages, j'ai pris une certaine liberté avec les faits, réalisant combien cette adaptation servait leur vérité. J'ai gardé une citation en tête, une chose de l'ordre de l'ambition. Une phrase que j'ai lue et relue régulièrement comme un mantra, comme un koan zen.
Le seul moyen d'exprimer une émotion de façon artistique, c'est de trouver un ensemble d'objets, une situation, un enchaînement d'événements qui seront la formule de cette situation particulière, de telle sorte que, quand les faits extérieurs sont donnés, l'émotion est immédiatement évoquée.