IL NEIGEAIT ET LES FLOCONS TOURBILLONNAIENT dans la bise. Il neigeait comme un jour d'enterrement, un jour d'ensevelissement, et la neige mangeait tout, le paysage, la petite route, les toits des maisons du village qui n'apparaissait que vaguement dans la tourmente. Il neigeait, et la neige engloutissait le coeur de Carole, l'enserrait, le glaçait. La légèreté des flocons immaculés n'arrivait pas à adoucir les arêtes de sa croix. Était-ce un bon jour pour revenir ici, était-ce un bon jour pour prendre la route, monter le chemin de terre, revoir la maison? Il faut s'occuper des chevaux... C'est la première chose qu'elle avait dite en sortant des brumes de l'inconscience. Pourquoi avait-elle d'abord pensé aux chevaux, et pas à lui? Parce qu'elle savait déjà, sans doute, parce qu'une part obscure d'elle-même savait ce que sa raison ne connaissait pas encore, et que cette vérité était impossible à entendre résonner dans la chambre blanche. Plus tard, oui, plus tard, il serait bien temps de mettre des mots sur les choses, de dire tout haut l'indicible, d'en parler. Peut-être.