« J'écris une histoire par semaine, ai-je dit timidement. Ça fera plutôt 52. Pour montrer. Pour donner à voir. Ce qui grouille par en-dessous, l'univers obscur de la pensée, les fantasmes et les histoires comme des algues, ou des poissons révélés par un rayon oblique. Ce que je ne sais pas vivre moi-même, ce que je ne sais pas que je vis. Je me suis sentie plus solide. Les algues probablement. Les histoires sont toujours obliques, tu comprends. Je ne comprenais moi-même rien à ce que je racontais. Depuis le début de la semaine, je n'écrivais absolument rien.» Une rencontre avec un général tortionnaire dans une teinturerie, l'imminence d'un accouchement, Marguerite Duras au téléphone, des arbres séculaires qu'on arrache, un conte de Noël qui tourne mal... Pendant un an, en cinquante-deux histoires, parfois longues, et parfois courtes, et à raison d'une nouvelle par semaine, Geneviève Brisac a tenté de mettre en mots ce que Virginia Woolf appelait la « seconde vie », la vraie, celle qui se déroule inlassablement derrière la vie officielle. Nouk, Carlotta Donizetti, son neveu Lochon, Berg et Mélissa Scholtès règnent en maîtres sur ces histoires qui explorent ce qui « grouille » en-dessous de nos pensées : nos peurs secrètes, nos désirs inconscients, nos paranoïas, nos violences refoulées, bref tout ce qui se joue derrière les mots que nous prononçons et qui, de façon souterraine, commande les rapports entre les êtres. Des rapports plus féroces qu'il n'y paraît...