Giovannino a huit ans. Il vit à la villa Géranium, entouré de sa maman, de sa grand-mère et d'une gouvernante russe excentrique. Son père séjourne en Afrique orientale. La famille est aisée et lui donne une éducation raffinée, sensualiste : deux bains par jour, plutôt que le catéchisme des jésuites. Sweet, son professeur de tennis, l'initie à l'art de danser autour de minces lignes d'asphalte. Près du filet, les sillages des glissades dessinent de fugaces figures de ballet. Giovannino est fasciné par la Pirelli, cette petite balle blanche aux rebonds mathématiques. Un jour, le directeur de l'école convoque ses parents : pour quelle raison l'enfant consacre-t-il ses samedis "fascistes" à une activité anglo-saxonne ? Puni, il se voit contraint d'endosser l'uniforme et de défiler, chaussé d'immondes godillots cloutés. Mais, dès le lendemain, il ose sans malice se rendre à l'école en pull-over blanc : sa tenue de tennis ! Il est chassé de l'école, comme "élément préjudiciable à la santé morale de ses camarades". De courts chapitres brossent à petites touches subtiles l'éveil d'un enfant à la société des adultes. Roman de l'initiation sportive, récit d'apprentissage, l'auteur nous enchante par l'adresse de sa prose. S'il n'y a pas de géométrie approximative au tennis, il n'y en a pas davantage dans l'écriture. Et curieusement, une envie polie retient souvent le lecteur de prendre part au récit.--Joël Jégouzo--