"Arrivée à Plozevet vers 14-15 heures. Long village-rue. Il pleut. Tout semble désert, mort." En 1965, dans le sillage d'autres chercheurs en sciences sociales, Edgar Morin arrive dans la bourgade finistérienne avec le projet d'y étudier l'impact de la modernisation de la société française. Le résultat de l'enquête est une synthèse : Commune en France : la métamorphose de Plozevet. L'ouvrage suscite la polémique à sa parution en 1967 : on y voit le prototype de l'enquête parisienne. Aujourd'hui, la publication des notes écrites par Edgar Morin au jour le jour permet de mieux comprendre le travail mené et les rapports complexes instaurés entre le chercheur et son terrain. Dans ce Journal de Plozevet, le lecteur trouve un portrait vivant de la Bretagne des années soixante. Ponctuée de petits et de grands événements comme le vin d'honneur de l'Amicale laïque ou le vote pour l'élection présidentielle, l'enquête est minutieuse. La méthode de Morin est celle de l'immersion dans la communauté provoquant attachement et agacement.
Ce mimétisme intérieur, poussant à manger la même nourriture, à boire la même boisson, à fréquenter les mêmes lieux, facilitait une relative intégration ayant sa nécessaire contrepartie, l'éveil des allergies de ceux qui acceptaient mal ce regard extérieur. La lecture de ce journal est à la fois une tranche de vie plozevétienne et une rencontre personnelle avec un grand sociologue français, auteur également de La Rumeur d'Orléans. --Loïs Klein