Avec des figures masculines aussi imposantes qu'André Breton, Max Ernst ou Salvador Dali, on pourrait croire que les femmes ne furent, dans le mouvement surréaliste, que des égéries alanguies sur les banquettes des cafés, attendant que leurs amis et amants aient terminé de fomenter quelque révolution. C'est oublier que Valentine Hugo, Meret Oppenheim, Toyen, Lise Deharme ou Leonor Fini furent elles aussi artistes, parties prenantes du mouvement, et que certaines marquèrent, dès 1924, l'esprit d'insurrection qui y soufflait. C'est aussi oublier l'oeuvre de la poétesse Joyce Mansour (1928-1986) dans le surréalisme de l'après-seconde guerre mondiale, alors qu'il cherchait à se renouveler. «Une dame, écrira Breton, n'a jamais été si loin dans l'esprit de perdition.» Il faut lire ses uvres complètes, tout juste republiées chez Michel de Maule (parues en 1991 chez Actes Sud, elles étaient devenues introuvables), pour saisir cet « esprit de perdition » qui irrigue sa poésie, l'une des plus intéressantes de la seconde période du mouvement. (Alexandre Mare - Le Monde du 4 décembre 2014)