En matière de public, le festival est longtemps resté une affaire privée. Si l'on parcourt l'histoire des plus grands festivals européens, on constate qu'en parallèle des institutions culturelles qui naissent, entre la seconde partie du XIXe siècle et le premier quart du XXe, les festivals ont plutôt émergé depuis la sphère privée. A Glyndenbourne, ce fut l'affaire d'un propriétaire mélomane, conquis par un voyage de noces à Bayreuth et Salzbourg. Dans ces deux derniers lieux, cela avait été celle de compositeurs (Wagner, Richard Strauss) et d'interprètes, soucieux de trouver un emploi d'été aux artistes, dans l'immédiat après-guerre, en 1918. Le festival de Prades, qui compte aussi parmi les plus anciens, a certes une origine plus politique, liée à l'exil républicain de son fondateur. Mais si Pablo Casais inventa un festival à Prades, c'est aussi à la demande de musiciens motivée par le désir de retrouver l'art du maître. C'est une même aspiration particulière, centrée sur des artistes d'orchestres non rémunérés l'été, qui explique une bonne part de l'activité festivalière aux États-Unis. Les lieux de représentation avaient eux-mêmes une connotation privative. Et lorsqu'il s'agira d'espaces publics, quand l'ampleur des événements le commandera (Chorégies d'Orange, Aix-en-Provence), la fréquentation en sera si spécifique que l'on pourra y parler de public au singulier. On évoquera alors le public de tel ou tel festival à l'instar d'un monde à part, comme s'il figurait plutôt le collectif d'une grande famille que celui plus hétérogène d'une société.