Les quelque 454 entrées de ce dictionnaire biographique des ingénieurs «militaires» et assimilés qui ont travaillé dans les Pays-Bas espagnols et accessoirement dans la principauté de Liège et en Franche-Comté constituent la partie documentaire de la thèse de doctorat que j'ai consacré en 1998 à ces techniciens jusqu'ici très peu connus. Celle-ci fait l'objet d'un autre livre.
Certes, on s'en apercevra, les données sont inégales suivant les régions. Ainsi, les sources manquent cruellement pour le pays de Liège, tant écrites que monumentales. Les résultats finaux ne sont donc pas comparables quantitativement, suivant qu'il s'agisse des Pays-Bas ou de la principauté de Liège: huit personnages seulement ont travaillé pour le compte du prince-évêque ou de ses représentants, alors que quatorze oeuvrent en Franche-Comté. Signalons encore que trente-deux sont des individus jusque maintenant totalement inconnus comme ingénieurs, et qu'au XVIIe siècle, huit ingénieurs et non des moindres ont fait leurs classes à l'université de Louvain. L'origine géographique de ces fortificateurs est principalement l'Italie au XVIe siècle et les Pays-Bas méridionaux au XVIIe siècle.
Il faut signaler dès à présent que tous les personnages cités ne furent pas ingénieurs en titre: on y trouve en effet des hommes de guerre, des maîtres-maçons, des artilleurs, des enseignants, des religieux. D'autres encore sont d'origine étrangère et n'apparaissent qu'accidentellement en liaison avec les Pays-Bas. Mais tous ont été rencontrés, soit dans des archives, soit dans des publications qui les considéraient au moins comme ayant fait oeuvre d'ingénieur dans les régions concernées. Ils avaient donc leur place ici, serait-ce que pour éclaircir leur titre exact et leur rôle dans la conception des fortifications et de l'architecture militaire des espaces géopolitiques envisagés. Le lecteur s'apercevra qu'un certain nombre d'entre eux ne doit plus être considéré comme ingénieur.
La constitution de ces notices s'est étalée sur une dizaine d'années à titre principal. L'heuristique a débuté avec les listes fournies par Josy Muller et Pierre E. Claessens, enrichies des mentions relevées dans les ouvrages d'Alexandre Henné et de Jean Proost. Puis, les sources imprimées, mémoires et correspondances des XVIe et XVIIe siècles (Du Bellay, Rabutin, Charles-Quint, Philippe II, Marguerite de Parme, Guillaume d'Orange, Granvelle, Philippe III et Philippe IV, Vauban), ainsi que les inventaires analytiques d'archives (Cartes et plans des dépôts belges, archives centrales concernant la Belgique conservées Paris, Simancas et Vienne, dépôts belges des Archives Générales du Royaume à Bruxelles et dans les provinces) ont été systématiquement explorés. Vint ensuite la lecture des monographies de places-fortes des territoires concernés, qui ont souvent été écrites au XIXe siècle et fourmillent d'extraits d'archives très riches. La quête dans les archives proprement dites a suivi, d'après les pistes ouvertes dans la littérature lue précédemment. Sauf mention contraire, les dépouillements sont arrêtés en 2000.