Ce soir-là,
quelque chose dans cette autre langue,
une luxuriance, un gant de boxe, une liberté,
quelque chose dans cette autre langue a intimé à ma propre langue de se redresser.
Je ne dis pas que ma langue était exsangue.
Je ne dis pas que ma langue était arme enrayée.
Mais à force d’avoir peur de tout,
peur de blesser, peur de cliver, peur de l’usure, de la posture,
à force d’avoir peur de tout, on finit par douter.
Il aura donc fallu un choc des grammaires, un ravissement, un rapt.
Il aura donc fallu l’accolade de deux écritures sœurs
pour que jaillisse cette manière tellement moins sage
d’aimer, de lutter, de jouir et de jouer dans la fleur de l’âge.
Ma langue est immigrée elle vient d’ici elle vient d’ailleurs
Elle porte en elle l’exil et tout l’espoir des travailleurs
Elle doit r’doubler d’efforts pour prouver sa valeur
Elle a le français revanchard et le verbe ravageur
Elle n’est d’aucun drapeau elle n’est d’aucune église
Elle est du camp que les puissants méprisent
Elle ne rase plus les murs aujourd’hui elle les brise
Elle vient souffler sur les braises des lendemains de crises
Méticuleuse elle est pointue elle maitrise sa métrique
Elle a longtemps taffé la rime pour muscler sa réplique
Elle a l’éthique intacte sinon c’est pathétique
Snare charley kick elle aime l’ambiance quand elle est électrique