Début de soirée. La pendule sonne sept heures. Bertilia, une belle cinquantaine, s'affaire dans sa cuisine au fond de la scène. Au premier plan, Roberval, son mari, sexagénaire, ajuste la peau d'un tambour. Moment de silence créole, avec coups d'oeil et allongements de lèvres mécontentes de Bertilia en direction de Roberval. Occupé à soigner son instrument, Roberval tourne le dos à ses allées et venues. Il frappe la peau de temps à autre pour vérifier le son.
Après un temps, elle met le couvert et sert la soupe.
Un troisième personnage se dissimule et les guette. C'est Le Chroniqueur. Calepin à la main, il semble noter les faits et gestes du couple.
Finalement, Roberval se lève en se tenant les reins et avance péniblement. Il s'attable. Le vieux couple commence à souper sans un mot, sans un regard. A deux ou trois reprises, Roberval lève les yeux pour lancer des regards furtifs vers sa femme. Visiblement, il a quelque chose de difficile à lui dire.
ROBERVAL: An ja santi l
(Bertilia ne bronche pas. Elle continue à avaler la soupe cuillerée par cuillerée. Il pose sa cuillère et s'éclaircit la voix)
Je vais mourir, incessamment sous peu, d'une prostatation mal encayée et d'un rhum sec accidentel.
(Bertilia ne bronche pas. Elle continue à avaler sa soupe cuillerée par cuillerée. Il parle plus bas)