UN HOMME ENTRE, INSPECTE UN INSTANT LES LIEUX, RESTE DEBOUT, SON CARTABLE À LA MAIN. IL OBSERVE LE PUBLIC PENDANT UN LONG MOMENT.
Autrefois, vous vous seriez levés. On se levait toujours quand j'entrais. Je vous aurais dévisagés, d'un large regard semi-circulaire, puis je vous aurais dit: Asseyez-vous. Et, mentalement, chacun d'entre vous aurait applaudi, dans un respectueux silence, en pensant: Dieu est arrivé.
Autrefois, tout le monde était croyant: ça facilitait les choses.
Aujourd'hui, vous êtes venus parce qu'il n'y a rien à la télé. Ou invités? Par des amis? votre patron? votre amant? Ou parce que vous avez reçu des places gratuites... On les donne, maintenant, les places. Ne me dites pas que vous avez payé votre place... Pour payer sa place, il ne faut vraiment pas avoir de tuyaux...
Mais non -je m'y laisse prendre tous les soirs - vous n'êtes pas venus pour le théâtre. Vous êtes venus voir le monstre
Autrefois, on m'aurait exhibé sur les places publiques, à côté de l'homme-tronc et de la femme-serpent.