Un historien ancestral du XIVème siècle peut-il nous apprendre quelque chose aujourd'hui ? Oui, dans le cas d'Ibn Khaldûn. Depuis plus d'un siècle, la pensée occidentale n'a-t-elle pas récupéré dans ses propres catégories cet intellectuel du monde arabe, trop connu pour être bien connu ? Le présent ouvrage nous invite plutôt à une relecture, non de quelques extraits, mais de l'ensemble de l'oeuvre de cet homme d'esprit "de tous les temps". Il décrit de façon synthétique et accessible à un large public les étapes de la pensée et de la vie de l'auteur de la Muqaddima et des Ibar, livres d'histoire et sur l'histoire, largement traduits. Issu de la brillante culture de l'Empire arabo-berbèro-andalous d'Occident, Ibn Khaldûn a été confronté dans sa description des sociétés nomades et urbaines du Sud à l'opposition entre Raison analytique et Prophétie islamique. Il condense en lui la philosophie aristotélicienne transmise par les centres culturels d'alors, de Bagdad à Séville, en passant par Fès, Tunis, Alexandrie, Grenade et Cordoue. Mais il est en même temps un grand Cadi respectueux du Coran et d'un islam de tendance sunnite malékite, voire soufi. Ballotté entre les Cités impériales mérinides, les tribus et les princes (dont Tamerlan, rencontré à Damas), cet ambassadeur de cour nous livre une description fascinante des formes et des pratiques de pouvoir dans le monde arabo-musulman d'alors, en relation avec les civilisations environnantes. Les malheurs de sa vie personnelle, mais aussi un regard détaché sur les hommes et les sociétés, empreint d'une recherche du juste milieu, de l'harmonie et de la mesure, rendent très attachant cet écrivain qui interroge autant le monde arabe sur ses racines pré-islamiques et sur ses fondements musulmans, que le monde euro-méditerranéen qui le précéda sur cette autre rive de la "Mer intérieure" à l'origine de notre culture. Cette étude ouvre un libre débat que poursuivront les intellectuels et les érudits du monde entier lors de la célébration du six centième anniversaire d'Ibn Khaldûn, né à Tunis en 1332 et mort à Alexandrie en 1406.