Eté 1945. Malgré la Libération, les hommes, femmes et enfants que l'armée alliée nomme "displaced persons" (DP), demeurent parqués dans les camps de concentration. Principalement originaires d'Europe orientale, ce million de sans-abri déplacés par le Troisième Reich s'opposent à leur rapatriement. Les vingt pour cent de survivants juifs abhorrent pour la plupart l'idée d'un retour dans les pays où leur famille a été exterminée, ou redoutent la domination communiste, comme la majorité des autres réfugiés. Les inquiétudes liées à la Guerre froide incitent les membres du Congrès à limiter rigoureusement l'immigration des "personnes déplacées", perçues comme potentiellement subversives, et les Etats-Unis ferment alors leurs portes aux rescapés du génocide. L'amalgame DP = Juif = communiste est ainsi utilisé par les adversaires de l'immigration. Double ironie de l'histoire: non seulement les anciens collaborateurs nazis, qu'ils soient baltes, ukraniens ou "allemands ethniques", ont côtoyé leurs victimes dans les camps de DP, mais l'Amérique, par loi de 1948, donne la préférence aux bourreaux et non à leurs victimes.