Où situer Xavier Grall ? Un brin marginal, "frotté à l’air du temps, aux vents du monde", il appartient – comme Armand Robin ou le tchèque Jan Skácel – au cercle restreint des poètes-journalistes inspirés. Ses prises de position anticoloniales, son engagement en faveur de la cause bretonne, ses préférences ou détestations marquées pour telle ou telle figure intellectuelle de son temps lui valurent quelques polémiques mémorables. Mais il était trop poète pour que celles-ci atteignent ses convictions profondes, et singulièrement son attachement – maintes fois renouvel頖 à la foi chrétienne. Incontestablement, dans son opposition aux "âmes stagnantes" et aux conservatismes de toutes sortes, Xavier Grall aura incarné une forme de renaissance de la Bretagne.
Pour évoquer son pays natal qu’il considère être, rien de moins, qu’une province métaphysique, vous l’entendrez proférer des mots, des sons et des «sônes» à la manière de poèmes-chansons. Multiples sont ses ressources lexicales et syntaxiques. À la prosodie médiévale qu’il emprunte à François Villon, et qui ne va pas sans une certaine nostalgie, il ajoute le rythme incantatoire du «kan an diskan». Dans les allées de son jardin à la française, on croise ainsi des cyprès centenaires où vibrent les chants des bardes et des harpeurs bretons. Et aussi, par bribes, la langue anglaise en écho à Kérouac. Mais la ligne d’horizon de sa quête existentielle – il y reviendra toujours – se superpose d’abord à la mer…
Notes Biographiques :
Léonard de souche, fils d'un militant sillonniste qui fut maire de Landivisiau, Xavier Grall a reçu une éducation catholique et française. Son caractère rebelle lui vaut un parcours scolaire agité au collège du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon, puis au collège La Providence de Saint-Malo et à nouveau à Saint-Pol au Kreisker, avant qu'il ne "monte" à Paris, au centre de Formation des journalistes. Remarqué par Georges Hourdin, il entre en 1952 dans l'équipe de rédaction de La Vie catholique et en deviendra le secrétaire général en 1961. Après son service militaire au Maroc, il épouse Françoise Jousse, avec qui il aura cinq filles. Il collabore également au journal Le Monde, à l’hebdomadaire Témoignage chrétien, aux Nouvelles Littéraires, à Croissance des Jeunes Nations, au mensuel Bretagne... Catholique et rebelle mais également volontiers polémiste, il consacre des livres à Mauriac, Bernanos, James Dean ou Arthur Rimbaud. Xavier Grall est issu d' « une bourgeoisie riche et bien pensante : d'un côté des patrons tanneurs "depuis des siècles", de l'autre un notaire conseiller général. Son père fut maire de Landivisiau de 1941 à 1944. (...) Conséquence : à la fois favorisé et censuré par un milieu qui lui interdisait de jouir des possibilités qu'il lui offrait. C'était à la fois un privilégié et un révolté (...) ». Xavier Grall « redevient breton » lorsqu'il quitte Paris en 1973, pour retourner définitivement dans la région de Pont-Aven, à Nizon, dans la ferme de Bossulan. Son œuvre mystique magnifie la Bretagne.