Extrait
Anglo-saxophones
LA LANGUE ANGLAISE : PLUS DE MOTS EMPRUNTÉS QUE DE MOTS ANGLO-SAXONS - NATURE DU FONDS ANCIEN - LEXIQUE SAXON / EMPRUNTÉ CHEZ QUELQUES GRANDS ÉCRIVAINS - TEXTES COMPARATIFS - STYLE CONSÉQUENT AU REFUS DE L'EMPRUNT
La langue anglaise est une grande emprunteuse devant l'Éternel. Parmi les vingt mille mots les plus communément usités, 20 % environ sont d'origine anglo-saxonne, et 60 % d'origine gréco-latine (y compris française). Les mots d'origine française et latine sont souvent mêlés dans les décomptes, car il n'est pas toujours possible d'établir avec certitude à laquelle de ces deux langues a été fait l'emprunt. Encore heureux que l'emprunt lexical ne requière pas de remboursement !
Les Anglais n'ont jamais disposé d'une autorité semblable à l'Académie français. Le poète Dryden (1631-1700) aurait aimé imposer une institution pour régenter l'anglais, mais sa tentative est restée vaine. Il s'est alors arrogé personnellement la mission de faire vivre sa langue.
Qui empêchera d'importer de l'étranger des vocables percutants ? [...] Ce n'est pas comme si j'emportais le trésor de la nation, lequel ne reviendrait jamais sur notre sol. Le mot que je ramène d'Italie, je le dépense en Angleterre ; ici il reste, ici il circule, car si cette monnaie est bonne, elle passera de main en main. Je commerce avec les vivants et les morts pour l'enrichissement de notre langue.
En Angleterre, nous avons de quoi satisfaire nos besoins élémentaires, mais la magnificence, la splendeur, c'est par le commerce que nous devons les acquérir. La poésie requiert de l'ornementation, ce que nos vieilles monosyllabes teutonnes n'offrent point ; ainsi, chaque fois que je trouve un mot élégant chez un auteur classique, je le propose à la naturalisation en m'en servant. Si le public approuve, il est adopté.
Contrairement à Dryden, d'autres écrivains ont voulu défendre l'ancien fonds anglo-saxon. Effectivement, on peut choisir, en rédigeant un texte, d'éviter les mots d'origine étrangère... mais quand ils constituent plus de la moitié du lexique usuel, cela nécessite un effort certain ! La comparaison de deux textes, l'un favorisant l'anglo-saxon, l'autre non, révèle des couleurs et des tendances assez divergentes. Les vocables d'origine anglo-saxonne constituent les mots-outils essentiels à la construction de la phrase - d'ailleurs, on affirme que neuf mots (AND, BE HAVE, IT, OF, THE, TO, WILL, YOU) constituent à eux seuls 25 % de tout ce qui se dit en anglais -, mais ils sont un peu fades en matière de sens.
LA LANGUE ANGLAISE : PLUS DE MOTS EMPRUNTÉS QUE DE MOTS ANGLO-SAXONS - NATURE DU FONDS ANCIEN - LEXIQUE SAXON / EMPRUNTÉ CHEZ QUELQUES GRANDS ÉCRIVAINS - TEXTES COMPARATIFS - STYLE CONSÉQUENT AU REFUS DE L'EMPRUNT
La langue anglaise est une grande emprunteuse devant l'Éternel. Parmi les vingt mille mots les plus communément usités, 20 % environ sont d'origine anglo-saxonne, et 60 % d'origine gréco-latine (y compris française). Les mots d'origine française et latine sont souvent mêlés dans les décomptes, car il n'est pas toujours possible d'établir avec certitude à laquelle de ces deux langues a été fait l'emprunt. Encore heureux que l'emprunt lexical ne requière pas de remboursement !
Les Anglais n'ont jamais disposé d'une autorité semblable à l'Académie français. Le poète Dryden (1631-1700) aurait aimé imposer une institution pour régenter l'anglais, mais sa tentative est restée vaine. Il s'est alors arrogé personnellement la mission de faire vivre sa langue.
Qui empêchera d'importer de l'étranger des vocables percutants ? [...] Ce n'est pas comme si j'emportais le trésor de la nation, lequel ne reviendrait jamais sur notre sol. Le mot que je ramène d'Italie, je le dépense en Angleterre ; ici il reste, ici il circule, car si cette monnaie est bonne, elle passera de main en main. Je commerce avec les vivants et les morts pour l'enrichissement de notre langue.
En Angleterre, nous avons de quoi satisfaire nos besoins élémentaires, mais la magnificence, la splendeur, c'est par le commerce que nous devons les acquérir. La poésie requiert de l'ornementation, ce que nos vieilles monosyllabes teutonnes n'offrent point ; ainsi, chaque fois que je trouve un mot élégant chez un auteur classique, je le propose à la naturalisation en m'en servant. Si le public approuve, il est adopté.
Contrairement à Dryden, d'autres écrivains ont voulu défendre l'ancien fonds anglo-saxon. Effectivement, on peut choisir, en rédigeant un texte, d'éviter les mots d'origine étrangère... mais quand ils constituent plus de la moitié du lexique usuel, cela nécessite un effort certain ! La comparaison de deux textes, l'un favorisant l'anglo-saxon, l'autre non, révèle des couleurs et des tendances assez divergentes. Les vocables d'origine anglo-saxonne constituent les mots-outils essentiels à la construction de la phrase - d'ailleurs, on affirme que neuf mots (AND, BE HAVE, IT, OF, THE, TO, WILL, YOU) constituent à eux seuls 25 % de tout ce qui se dit en anglais -, mais ils sont un peu fades en matière de sens.