Donner la parole à un des personnages les plus complexes et les plus fascinants du monde arabe, tel est l'objectif de cet ouvrage. Passionnant à plus d'un titre. Tout d'abord, parce qu'il nous permet de mieux appréhender la personnalité de Tarek Aziz, ministre des Affaires étrangères irakien lors de la guerre du Golfe en 1990-1991, désormais vice-Premier ministre du régime de Saddam Hussein : chrétien, cultivé, raffiné, parlant couramment l'anglais, il sert désormais de lien entre son pays et la communauté internationale. Saharienne bleu, éternel cigare Cohiba à la bouche, fine moustache blanche, œil vif, c'est sous les traits d'un des derniers grands renards de la diplomatie qu'il apparaît. Ensuite, parce que ces entretiens nous permettent de suivre la subtile évolution de la pensée de Tarek Aziz. Réalisés en deux temps, pendant les étés 1999 et 2002, ils laissent transparaître la vivacité de son intelligence, mais également sa roublardise, voire ses contradictions. Enfin, par la pertinence et la qualité des questions. Patrick Denaud ne prend pas de gants : production d'armes chimiques, attentats du 11 septembre, guerre Iran-Irak, relations personnelles avec Saddam Hussein, poids et influence du parti Baas dans le monde arabe, question kurde, culte de la personnalité, répression politique, relations privilégiées avec la France, financement supposé des partis politiques français par le régime irakien, ses colères homériques, tout y passe. Et le journaliste de faire part en voix-off de ses doutes et de son scepticisme quant aux réponses apportées par Tarek Aziz. Mieux : en intercalant extraits d'articles et témoignages d'acteurs qui ont rencontré le sherpa de Saddam Hussein, il prend le lecteur à témoin. Car, comme le rappelle Patrick Denaud, "donner la parole ne veut pas dire croire sur parole"... --Yves Fraillont