Dans un pays aussi fortement contrasté que le Cameroun, parler de la condition féminine peut paraître une gageure. Au-delà des différences d'organisation sociale - confédérations de villages, chefferies, royaumes - ce travail collectif parvient pourtant à montrer comment les multiples rôles assignés à la femme en font une charnière entre mondes parfois opposés. Femmes mythique ou femme-chef, mère ou fille, épouse ou soeur, belle-mère ou bru, la femme, on l'oublie souvent, peut être tout cela à la fois, estompant alors l'image de l'opprimée. Etrangère dans le lignage de son mari ou séductrice au gynécée royal, la femme, malgré un statut inférieur, capte progressivement sa part de pouvoir, individuellement, par son action et par les enfants qu'elle met au monde, collectivement, au sein d'associations féminines redoutées des hommes. La mobilité liée au mariage virilocal l'a obligée à développer son sens de l'adaptation; il se révèle fondamental dans la vie actuelle, génératrice de bouleversements. Ainsi la voit-on aujourd'hui exercer des activités auparavant réservées aux hommes. Une image éclatée de la femme pourrait opposer à la mère tranquille, soumise à son mari comme le souhaite le conservatisme masculin, l'épouse rebelle en quête de ses droits et de ses libertés. La guerre des sexes serait alors inévitable. Pourtant - les pages de cet ouvrage le font apparaître - entre moitié féminine et moitié masculine de la société camerounaise les lieux de convergence ne manquent pas.