Les campagnes de Lorraine occidentale ont longtemps présenté une certaine originalité : modestie des " châteaux ", faiblesse des investissements fonciers de la bourgeoisie, prépondérance de petits et moyens propriétaires-exploitants, puissance des contraintes collectives et habitat très groupé. Les fortes communautés rurales lorraines en seraient-elles les seules responsables ? L'étude du Verdunois à la fin du Moyen Age - plus de deux cents villages - tend à démontrer que les grands seigneurs, puis l'Etat naissant, ont longtemps cherché à préserver, eux aussi, les patrimoines des ruraux : paysans et chevaliers. Les institutions protectrices étant ici le servage, le fief " de danger " et les chartes de franchise. L'Eglise, longtemps première puissance de la région, a montré le chemin en appliquant, notamment, jusqu'à leurs dernières conséquences, les décrets des conciles des XIIe-XIIIe siècles. Dans ces conditions, la longue crise des XIVe-XVe siècles n'a pu durablement remettre en cause l'ancien système socio-économique, dont les princes, laïcs ou non, se sont fait les défenseurs, avec l'aide des communes, mais au prix d'un abaissement de la condition juridique de nombreux paysans.