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TRAM 83

Code EAN13: 9782864249597

Auteur : MWANZA MUJILA FISTON

Éditeur : METAILIE


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Extrait

1. Au commencement était la pierre et la pierre provoqua la possession et la possession la ruée, et dans la ruée débarquèrent des hommes aux multiples visages qui construisirent dans le roc des chemins de fer, fabriquèrent une vie de vin de palme, inventèrent un système, entre mines et marchandises.

Gare du Nord. Vendredi, vers les sept-neuf heures du soir.
- Patience, mon ami, toi-même tu sais que nos trains n'ont plus la notion du temps.
La gare du Nord se dévergondait... Elle se résumait à une construction métallique inachevée, démolie par des obus, des rails et des locomotives qui ramenaient à la mémoire la ligne de chemin de fer construite par Stanley, des champs de manioc, des hôtels à bas prix, des gargotes, des bordels, des églises de réveil, des boulangeries et des bruits orchestrés par des hommes, toutes générations et nationalités confondues. C'était le seul endroit du globe où l'on pouvait se pendre, déféquer, blasphémer, s'amouracher et dérober sans se soucier du moindre regard. D'ailleurs, un air de complicité y flottait en permanence. Les chacals ne mangent pas les chacals. Ils sautent sur les dindons et les perdrix, et les dévorent. La légende, qui nous trompe souvent, ressassait que tous les projets de maquis et de guerres de libération avaient germé à la gare, entre deux locomotives. La même légende, comme si cela ne suffisait pas, prétendait que la construction du chemin de fer avait fait de nombreux morts imputés aux maladies tropicales, aux bavures techniques, aux mauvaises conditions de travail imposées par l'administration coloniale, bref, on connaît le scénario.
- Gare du Nord. Vendredi. Vers les sept-neuf heures.

Il était là depuis bientôt trois heures, se heurtant aux passants en attendant l'arrivée du train. Lucien avait pris soin d'insister sur la notion de temps et sur ces trains qui battaient tous les records : déraillements, retards, promiscuité... Requiem avait plus important à faire qu'attendre cet individu qui, au fil des ans, avait perdu toute importance à ses yeux. Depuis qu'il avait tourné le dos au marxisme, Requiem traitait de communistes du dimanche et d'idéologues de bidonville tous ceux qui le privaient de sa liberté de penser et d'agir. Il devait livrer une marchandise, sa vie en dépendait. Mais le train qui venait avec ce salaud de Lucien se faisait attendre.
Gare du Nord. Vendredi. Vers les...
- Monsieur voudrait une compagnie ?
Une fille, habillée comme on s'habille un vendredi soir dans une gare dont la construction métallique est inachevée, s'arrêta à sa hauteur. Un instant pour jauger la marchandise, un bruit sourd, un vacarme qui signalait l'entrée de la bête.
- Vous avez l'heure, citoyen ?
Il avait suffisamment analysé la gamine et l'avait même imaginée sur son grabat malgré la pénombre. Il l'attira contre son corps, demanda son nom, "appelle-moi Requiem", promena ses doigts sur les mamelles de la jeune créature, une autre phrase : "Tes cuisses, la prestance d'une bouteille de vodka..." avant de disparaître dans la masse, visqueuse, glauque, gluante, lugubre...
  • EAN
    9782864249597
  • Auteur
  • Éditeur
    METAILIE
  • Genre
    Littérature - Romans
  • Date de parution
    21/08/2014
  • Support
    Broché
  • Description du format
    Version Papier
  • Poids
    288 g
  • Hauteur
    215 mm
  • Largeur
    140 mm
  • Épaisseur
    18 mm
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