Figure mythique de la littérature soviétique et personnalité complexe, tourmentée, poète précoce et aventurier, Yéghiché Tcharents (1897-1937), par sa vie et son œuvre, par sa fin tragique aussi, incarne les bouleversements et les contradictions de son époque. Il est tour à tour ce très jeune partisan sur le front russo-turc, ce combattant de l’armée rouge qui exalte Lénine puis l’idéologue et le bureaucrate de la littérature prolétarienne ; il est enfin le poète assassiné en 1937, à l’apogée de la terreur de masse. Depuis, Tcharents a été canonisé comme l’un des plus grands noms de la littérature arménienne du xxe siècle. En 1926, celui qu’on a qualifié de « prototype de l’homme nouveau soviétique » est incarcéré pour un délit de droit commun et passe six mois en prison. De son expérience, il décide de tirer un récit à la manière des Souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski, le premier ouvrage sur le bagne sibérien qu’il cite explicitement comme modèle.