L'opposition entre État et marché est un des ponts aux ânes de l'idéologie anti-libérale comme celle de l'idéologie libérale. En réalité, le marché a besoin de l'État à des fins de réglementation et de légitimation, alors que l'État, même centralisateur et Colbertiste, a besoin du marché pour exprimer des signaux de prix et de demande. Pour mieux comprendre les relations entre État et marché au-delà de cette peu stimulante opposition, les auteurs examinent une question différente : la façon dont l'État peut utiliser les outils du marché pour retrouver légitimité et souveraineté. Leur thèse : loin de se partager de façon conflictuelle la fonction d'allocation des ressources économiques, l'État et le marché peuvent entretenir des relations de stimulations réciproques. De façon paradoxale selon la thèse " classique ", le marché peut aider l'État à assurer sa mission de satisfaction des demandes de la population et de recherche de l'intérêt général. Le travail des auteurs se fonde d'abord sur une analyse de l'évolution du rôle de l'État dans la sphère économique depuis 1945. Les auteurs analysent des situations concrètes, bien documentées, notamment par des travaux universitaires, qui peuvent donner à l'État des raisons d'espérer un retour de souveraineté. Paradoxalement, c'est la conjonction de son monopole de la coercition légitime et du recours à des techniques de marché qui est de nature à restaurer l'État dans ses fonctions de direction de l'économie. Cela nécessitera un travail courageux de rénovation des outils de l'État en matière de gouvernance et de gestion des conflits d'intérêts, d'évaluation des politiques publiques, d'intervention sur les marchés et de création d'un écosystème cohérent de croissance.