Extrait
Je ne suis pas une spécialiste du vieillissement. Lorsque la demande m'a été faite d'écrire un livre sur ce sujet, j'ai d'abord pensé que je manquais de compétence. Puis, dans un deuxième temps, j'ai pensé que c'était peut-être au contraire un atout : en effet, je vais, au fil de cet ouvrage, soutenir l'idée que le vieillissement, le chemin de vie qui nous mène vers notre mort, est une route humaine banale, que nous pouvons déjà parcourir et connaître de bien des façons, même si son point ultime ne se découvrira qu'au dernier tournant. Vieillir, puis mourir, sont des actes importants, ils sont avant tout notre propre affaire, une affaire que nous avons les moyens de mener à bien, à condition, justement, que nous ne l'abandonnions pas à d'autres, soi-disant spécialistes, sauf bien sûr si une pathologie ou une déficience nécessite une aide appropriée, ce qui n'exclut pas que chacun puisse rester, le plus possible, sujet de sa vie.
Un jour, alors qu'elle avait la quarantaine, une de mes amies acheta le livre Vieillir de Paul Tournier, médecin genevois très connu, pour l'offrir à un membre de sa famille... qui n'apprécia pas, mais pas du tout, le cadeau ! Elle avait repris le livre... et l'avait lu. Elle avait alors découvert que ce livre la concernait au plus profond d'elle-même. Au fil de sa lecture, elle avait réalisé que ce chemin vers la mort se trace tout au long de la vie. Elle m'a encouragée dans cette écriture, et m'a dit : «Surtout, il faut que les gens en pleine force de vie puissent le lire, il ne faut pas attendre d'être vieux pour entamer ce chemin.»
Ce livre ne s'adresse pas seulement aux plus de 60 ans, aux retraités, aux seniors, comme on dit... Il s'adresse à chacun, pour lui-même et pour ses enfants. J'espère par mes propos contribuer à ce que le lecteur, quel que soit son âge, se positionne comme acteur de sa vie, et développe en lui les ressources nécessaires pour affronter la mort... et la vie !
En effet, les qualités qui permettent un «bien vieillir» s'acquièrent tout au long de la vie, et même dès l'enfance, et sont indissociables du «bien vivre» ! Le docteur Paul Tournier, auquel je viens de faire allusion, affirmait que pour réussir sa retraite, il fallait la commencer plus tôt, et non la retarder le plus possible !