Extrait
La Famille des Pitite-Caille
Golimin est un de mes vieux amis. Il sait tout. Il est l'homme le mieux documenté de la République. Il a de l'expérience. Aussi gagne-t-on beaucoup à entendre ses audiences.
Souvent il me promit de me faire l'historique des fortunes de chez nous, - de celles qui ont poussé comme champignon. J'eus beau lui rappeler maintes fois sa promesse, il aima mieux toujours me servir autres choses - très intéressantes (car tout ce qu'il dit est intéressant).
Je le rencontrai l'autre soir au Champ-de Mars. Il était de bonne humeur.
Après une rapide revue des faits insignifiants et des potins de la journée, il me dit : - Je viens de voir tout à l'heure le pauvre Etienne Pitite-Caille.
Il m'a fait pitié. Lui qui était si fier autrefois; lui qui s'habillait bandamment, lui qui parlait bandamment, - lui enfin dont le pape n'était pas le cousin, - il daigna me saluer. Et quel salut ! C'était navrant.
Le razeurisme - qui ne respecte personne - l'a totalement transfiguré. Il a l'air «d'une poule mouillée». Il est maintenant un spectre, une ombre, un rien.
Cette vision lamentable m'a fait penser à ma promesse. Si tu veux, promenons-nous, et chemin faisant, je t'apprendrai des choses étonnantes concernant la famille des Pitite-Caille.
Golimin est un de mes vieux amis. Il sait tout. Il est l'homme le mieux documenté de la République. Il a de l'expérience. Aussi gagne-t-on beaucoup à entendre ses audiences.
Souvent il me promit de me faire l'historique des fortunes de chez nous, - de celles qui ont poussé comme champignon. J'eus beau lui rappeler maintes fois sa promesse, il aima mieux toujours me servir autres choses - très intéressantes (car tout ce qu'il dit est intéressant).
Je le rencontrai l'autre soir au Champ-de Mars. Il était de bonne humeur.
Après une rapide revue des faits insignifiants et des potins de la journée, il me dit : - Je viens de voir tout à l'heure le pauvre Etienne Pitite-Caille.
Il m'a fait pitié. Lui qui était si fier autrefois; lui qui s'habillait bandamment, lui qui parlait bandamment, - lui enfin dont le pape n'était pas le cousin, - il daigna me saluer. Et quel salut ! C'était navrant.
Le razeurisme - qui ne respecte personne - l'a totalement transfiguré. Il a l'air «d'une poule mouillée». Il est maintenant un spectre, une ombre, un rien.
Cette vision lamentable m'a fait penser à ma promesse. Si tu veux, promenons-nous, et chemin faisant, je t'apprendrai des choses étonnantes concernant la famille des Pitite-Caille.