Publié en 1915 (et dédié à Thomas Hardy), ce "premier roman" contient, en puissance et en actes, toutes les obsessions, toutes les grandes figures des fictions à venir de Powys... lequel met en scène - sur fond de révolte ouvrière contre le propriétaire d'une carrière de pierre - l'affrontement de deux mythologies : celle du Pouvoir et celle du Sacrifice. Surtout, il sonde avec une acuité cruelle les replis du coeur des hommes : l'impitoyable coeur des forts, et le coeur bizarre des faibles, des parias, des maudits, des séparés-de-tout. Roman de la violence, proclamée ou refrénée, Wood and Stone se veut aussi une méditation passionnée sur la matière : la pierre (qui fournira à Caïn l'arme du premier crime), le bois (celui de la Croix, du supplice consenti). Prévenons tout de suite le lecteur : il ne trouvera dans ce récit pas une once de misérabilisme, aucune trace d'idéologie, aucune ombre de conviction sociale, mais, par-delà l'évocation magique des paysages du sud-ouest de l'Angleterre, un érotisme sado-masochiste du meilleur aloi. Telle est en effet, plus que toute autre, la vertu que Powys arbore à son blason, et dont le symbole demeure son légendaire gourdin - sceptre panique et compagnon de ses interminables randonnées à travers les brumes du Dorset ou du Pays de Galles, sur lequel il appuyait ses doutes et ses troubles (plutôt que ses certitudes), et qu'il brandissait à l'occasion comme un sexe triomphant.