La Main aux algues et aux coquillages, dont le musée d'Orsay possède un très bel exemplaire grâce à la générosité des descendants d'Émile Gallé, peut être considérée comme l'ultime création du maître-verrier. Elle fut présentée au public à l'Exposition d'art décoratif de Nancy en octobre 1904, un mois après la disparition de l'artiste. Le propos de la manifestation
organisée par le musée pour célébrer ce centenaire est d'analyser la genèse de cette pièce, d'une technique exceptionnelle, puisqu'elle fut entièrement modelée à chaud. Le caractère étrange et ambigu de l'objet soulève de nombreuses questions. La main sort-elle de l'eau ou y sombre-t-elle lentement ? Est-elle par conséquent symbole de vie ou de mort ? La dualité dont est imprégnée cette sculpture de verre est liée à la situation personnelle de son créateur qui, gravement malade, se sait
condamné. Pour signifier son adieu à la vie terrestre et son espoir en un au-delà lumineux, Gallé recourt à un thème qui lui est particulièrement cher, celui du monde marin. Ce thème apparaît tôt dans son œuvre. D'abord traité sur un mode rococo, il se modifie sensiblement, à travers le double prisme de la science et de la poésie. Le développement de l'océanographie le passionne tandis que sa sensibilité à la poésie, notamment à celle de Hugo et de Baudelaire, guide des recherches techniques époustouflantes. Le matériau vitreux se trouve alors doté de qualités suggestives tout à fait exceptionnelles constituant, tout comme la poésie, une invitation au rêve.