D'où vient la lumière est d'abord le fruit de la rencontre et du dialogue formel (le formel n'étant en l'occurrence nullement une formalité) entre un photographe (Bernard Plossu) et un artiste " plasticien " (Patrick Sainton). Ce dialogue, on peut dire qu'il s'est construit dans le temps (longue fréquentation par l'un de l'atelier de l'autre, et par l'autre de l'un) et sur ce projet précis (issu précisément de ce que l'un prenait et apprenait du regard et des gestes de l'autre), le projet de confronter, page contre page, dans l'espace d'un livre, deux façons de se rendre aux choses, d'en témoigner. Sous le coup d'un réel intraitable, simplement, rageusement, amoureusement : une séquence, une série ou suite d'Actes (comme disait Ponge) ou de Témoignages (comme disait Reznikoff). Pour ma part, il se trouve que depuis longtemps je croise et recroise les liens " poétiques " de la photographie et de l'écriture, du noir et du blanc des deux, et de la lumière que ça donne (ou que ça fait, ou que ça rend). Plossu, je connaissais son espace avant de le rencontrer je m'y sentais bien, c'est-à-dire en route, en voyage, les yeux inquiets. Sainton avec lui, depuis longtemps, j'écris des livres, avec lui et pour lui, dans le même fouillis de cartons et de fils de fer, avec tout ce qui traîne et tout ce qui reste. Lorsqu'ils m'ont convié à les rejoindre pour cette aventure à trois, il m'a semblé que je n'avais pas à les rejoindre, j'y étais déjà, depuis longtemps, là entre chien et loup, dans l'odeur des choses et de l'encre. J'y respirais l'évidence. Quelques pages plus tard je ne savais toujours pas d'où vient la lumière.