J'ai été un espoir du snowboard français. Ce sport attirait tous les ratés du ski alpin. Je cognais les piquets, coupais la neige. Sur ma poitrine, il y avait plus d'écussons que sur la combinaison d'un coureur de Formule 1. À chaque départ, je m'élançais la rage au ventre. Au fil de la descente, je pensais: arriver, c'est mourir un peu. À l'avant-dernière porte, je chutais. Il m'a fallu choisir un autre terrain de jeu. Je suis entrée à HEC sur un coup de bluff: une démonstration de tai chi devant le jury final. Tout le monde a rigolé. A la première fête, les «camarades» hurlent sur Rage against the Machine dans leurs souliers Weston: «Fuck you, I won't do what you told mel.» Je tombe amoureuse de Nicolas, président du ski-club. Nous dormons dans un lit de quatre-vingt-dix centimètres de large. À dix-huit mois, Nicolas s'est retrouvé sans maman. Depuis, il se cache dans un corps immense, armure qui coince aux entournures. Il a poussé d'un coup, vite et mal, ressemble au Géant Vert de la boîte de maïs. Il se venge des filles qui, quelques années auparavant, le regardaient comme un petit morveux dans les rallyes de province. Il séduit, respire, a peur, vacille, méprise. C'est l'homme miroir. Je mets le doigt dans l'engrenage: l'amour mal placé. Il devient mon instrument de torture préféré. J'en prends pour dix ans de «Je t'aime, moi non plus, alors quittons-nous, mais marions-nous en 2012».