Jeannot, en pleine omerta familiale, ne peut se résoudre à
transmettre la douleur à son enfant sans lui en transmettre la
cause, et par conséquent la capacité d'y faire face. Il part donc
à la recherche de la vérité et découvre que son père décédé il y
a peu n'était en fait qu'une espèce de mort vivant, miné par la
souffrance et l'incompréhension depuis l'abandon par sa
maman alors qu'il venait à peine d'avoir 8 ans. Sa faute, être,
en 1930, le bâtard d'un industriel juif, à une époque où la
grande famille, celle de sa maman, composée d'honorables
commerçants strasbourgeois, a préféré le voir "oublié" dans un
orphelinat plutôt que de veiller à sa prise en charge et à son
bonheur. Sans doute ne fallait-il pas heurter la susceptibilité
très nazie de certains membres de cette grande famille ? Basé
sur de faits authentiques ce roman autobiographique intitulé
"La complainte des pauvres Jean" est né d'une longue période
de réflexion et d'introspection sur le chemin de vie de l'auteur
et sur celui de certains de ses aïeux. La vie de plusieurs
femmes "bousculées sinon violées dans leur âme et leur corps"
par la vie et les hommes, le sort d'un bâtard de juif à une
époque où il ne faisait pas bon être autre chose qu'un bon
aryen, la collaboration active au fascisme des uns faisant le
malheur des autres au sein d'une même famille, la disparition
d'un jeune homme toujours non éclaircie, en Biélorussie en
1944, le refus d'honorer, par ignorance, pudeur, honte ou pire
encore par indifférence la mémoire d'un "disparu" au sein de
sa famille, sont les sujets, ô combien sensibles de notre
époque, traités dans cet ouvrage.