Le droit canonique a, auprès de beaucoup d'étudiants en théologie, la réputation d'une matière aride, austère. Plus largement, dans l'Église comme dans la société civile, le juriste, l'homme de loi ne fait-il pas figure de ratiocineur, d'ergoteur? Et pourtant, comme l'observait déjà Cicéron, il n'est pas de société sans loi. Le droit est garant du bon ordre et de la justice; son étude suppose une rigueur qui n'a rien à envier à celle des sciences exactes. Il est le fruit, donc le reflet, d'une société; il s'inscrit dans son histoire qu'il contribue encore à sculpter. De ce fait, le droit est au carrefour de nombreuses disciplines - ce qui est particulièrement intéressant. Loin d'être desséchante, l'approche juridique est ouverte et il ne s'agit pas, contrairement à bien des préventions, d'aligner les articles d'un code ou des canons pour connaître le droit, encore moins pour être un bon juriste! Le droit, plus qu'une science, est un art qui se veut à la recherche constante de l'équité. Les hypothèses sont fréquentes, les cas-limites nombreux où les solutions ne s'imposent pas d'évidence: un diagnostic doit être posé, pour trouver le traitement juridique adéquat, toujours au service des personnes et, par-delà, du bien commun, comme on aime à le qualifier dans l'Église. De l'intérêt général comme on le dit dans l'État. Pour ma part, une double et successive formation de publiciste puis de canoniste m'a persuadé de l'importance de ces ponts, qu'un historien du droit ne démentirait pas, entre les règles édictées par la société civile et celles qui le sont par l'Église.
Dans les deux cas, il s'agit de la même matière. Du droit. Celui-ci peut être très simplement défini à partir de quatre éléments:
- UN ENSEMBLE DE RÈGLES: les normes précisent ce qu'il faut faire (elles sont alors créatrices d'une obligation, telle l'obligation alimentaire entre ascendants et descendants), ou ce qu'il ne faut pas faire (génératrices d'un interdit, telles les prohibitions du meurtre ou du vol). La règle est soit à portée générale (lois sur la filiation, le mariage, les sociétés commerciales...), soit à portée individuelle (textes portant nominations, mises à la retraite...); entre les deux catégories, il existe de nombreuses règles à portée collective visant un groupe déterminé de personnes (telles les conventions collectives en droit du travail).