Un nouveau matin se lève sur le monde. Les premiers rayons d'un soleil tout neuf rosissent les cimes enneigées qui barrent l'horizon, très loin à l'Est. Petit à petit, les ombres se dispersent, dévoilant les contours d'une large vallée herbeuse, parsemée de bosquets aux essences diverses. Les crues printanières ont déformé le paysage, envahissant chaque creux d'une eau boueuse chargée de limons, de bois flottés et d'ossements. Seule, la rangée de bouleaux, saules et trembles, marque le tracé habituel de la rivière, qui aura bientôt retrouvé son débit paresseux des saisons chaudes. Sur le versant exposé au Nord, de grands sapins vert sombre peuplent les ravines escarpées. Régulièrement, des avalanches de terre et de rochers creusent d'ocres sillons dans la forêt primaire qui en profite pour lancer une nouvelle génération de géants à l'assaut des étoiles. Dans les sous-bois moussus, aux fortes odeurs d'humus, vivent et meurent une multitude d'animaux. Des cervidés craintifs sont la proie des lynx et des loups. Les gloutons téméraires défendent avec hargne des carcasses contre tout charognard à poils ou à plumes. Quantité de vers et d'insectes engraissent ceux qui inévitablement, serviront de repas aux belettes, martres et autres carnivores. Sur les affluents du cours principal, les castors ont déjà commencé à rafistoler leurs forteresses malmenées par la violence des eaux de fonte. Des loutres joueuses dispensent leurs premières leçons de pêche à une progéniture dissipée, tandis que les martins-pêcheurs entament leurs parades amoureuses. Aux abords d'un lac, de l'eau jusqu'au poitrail, un orignal plonge sa tête massive ornée de larges bois duveteux, dans l'épaisse couche de lentilles d'eau dont il se repaît avec délectation. Il la ressort dégoulinante, et, sans se préoccuper du concert dissonant des poules d'eau, il mastique consciencieusement les nourrissants végétaux qui doivent lui permettre de récupérer la graisse perdue durant l'hiver.