Depuis un mois le Lycée allait son erre. C'était une «maison» que chacun - d'énorme à ingérable - qualifiait à sa manière. J'en avais hérité depuis trois ans, l'avais auscultée dans tous les sens, renoncé à y découvrir la moindre unité. Construite au départ autour d'un ancien monastère elle avait vu s'y greffer un énorme bâtiment d'internat, un bloc de béton qui ne ressemblait à rien, un gymnase qui était une ancienne forge, une multitude de préfabriqués qui lui donnaient par endroits une image de bidonville, quelques ateliers indéfinissables, un blockhaus hérité de la guerre et un hôtel particulier venu de l'Histoire. En somme un énorme village nègre!...
Curieusement, ce monde avait une âme. Une indéfinissable sensation de sérénité accueillait le visiteur dès la porte d'entrée. Elle naissait de l'emplacement sans doute, quelque part entre les parcs et la vieille ville, était confortée par l'atmosphère entièrement féminine qui régnait entre ses murs. L'époque était à la ségrégation. Dans chaque ville à l'ombre lointaine d'un Lycée de garçons qui avait, un jour, regroupé les édiles du moment, s'était laborieusement mis en place un Lycée de filles.