A l'encontre de l'idéalisme ascétique du Phédon qui fait du corps la prison de l'âme, existe une conviction partagée aussi bien par le poète que l'analyste, qui institue le corps comme le lieu où se déploie la subjectivité. Corps libidinal, corps qui se souvient à la manière de laffirmation de Nietzsche clamant quil est un corps de part en part, rien hors cela et que l'âme n'est qu'un mot pour quelque chose qui appartient au corps. Le poète qui taille dans la matière verbale allie l'énergie de l'âme à l'énergie de la langue dans une saisie immédiate, venue de l'inconscient. Qu'ils soient sacrés ou profanes, composés ou improvisés, dans cet alliage entre sens et formes qui excède le langage ordinaire, le poème dit aussi bien le versant libidinal- narcissique que la désintrication et la pulsion de mort. Mais surtout, lacte poétique exprime sur le champ ce qui se révèle, avant quil ne s'éteigne et disparaisse. Cest aussi sur le vif que fuse l'interprétation analytique. Lacte poétique, comme celui de linterprétation est indissociable de linstant parce que le temps poétique comme celui de lanalyse est anachronique. C'est en écoutant l'hystérique, cette figure matricielle de la psychanalyse, que Freud découvre la vérité de l'inconscient et la puissance des mots. Or, ces mots qui surgissent, disait René Char, « savent de nous ce que nous ignorons d'eux ». Lacte poétique manifeste un « déjà-là », le révèle, le répète à linfini établissant dans linstant dune émotion transmissible un lien avec le corps libidinal qui nous habite.