Cet ouvrage consacré à l histoire conceptuelle de la linguistique s intéresse plus particulièrement à une période émergente de la discipline: entre 1864, lorsque la grammaire comparée arrive en France, et 1916, date à laquelle paraît le Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure. L introduction de la grammaire comparée constitue en effet un tournant dans la pensée linguistique d expression française dans la mesure où l on commence à s interroger aussi bien sur la nature de l objet de la linguistique que sur la nature de la science linguistique. S agit-il d une science naturelle, ou d une science historique? S il s agit d une science historique, peut-on lui appliquer les méthodes des sciences naturelles? En mal d objet précis, la linguistique s appuie sur des disciplines contiguës qui l alimentent non seulement en idées et en méthodes, mais aussi en problèmes. Les éléments de réponse, trouvés dans les ouvrages linguistiques de l époque, convergent autour d une métaphore récurrente, celle de « la vie du langage », qui s origine dans l idée naturaliste selon laquelle la langue, soumise aux lois naturelles, naît, croît et meurt. Cette métaphore mène l interrogation des linguistes et aboutit à la construction et à l autonomisation de la linguistique dite générale. Même si la postérité, en quête d un fondateur mythique, a voulu désigner F. de Saussure comme le père de cette discipline, l ouvrage montre que cet objet glissant de la langue ne cessa pas de tourmenter les esprits de ses prédécesseurs et contemporains qui ainsi contribuèrent à la naissance de la linguistique moderne.