Non, ce n’était pas le vampire romantique imaginé par Bram Stoker comme un messager clandestin venu de l’au-delà. C’était un authentique tyran de chair et d’os. Le romancier s’inspirait d’ailleurs des historiens de son siècle qui avaient redécouvert Vlad Dracul, autrement dit le « fils du Diable ». Incarnation du mal dans l’imagerie populaire, ce souverain, qui régnait entre les Carpates et le Danube à la fin du XVe siècle, est resté célèbre pour ses actes de barbarie commis contre ses sujets. Il prenait un plaisir extrême à les voir se tordre de douleur sur les pals dressés sous ses fenêtres… Il n’en demeure pas moins qu’en 1976, lors du 500ème anniversaire de sa mort, pour avoir défendu l’indépendance de la Roumanie contre les Turcs mahométans et les Hongrois catholiques, ce monstre fut célébré comme héros national par Ceausescu, autre bienfaiteur de la nation! Il fallait la science, et aussi l’humour, de Matei Cazacu pour démêler le vrai du faux à travers la profusion de légendes véhiculées aussi bien par les croyances ancestrales que par une filmographie particulièrement abondante, allant de Murnau à Coppola.