Au matin du 8 mai 1941, Glenn Gray reçoit une lettre à en-tête de l’université américaine de Columbia. Elle lui apprend que sa thèse de doctorat de philosophie vient d’être acceptée. Ironie du sort, il trouve aussi dans son courrier un papier de l’armée américaine l’informant de son incorporation imminente. Après avoir combattu en Afrique du Nord, en Italie et en France, il fut libéré de ses obligations militaires en tant qu’officier dans les services de renseignements en octobre 1945. Durant ces quatre années de guerre, il n’a pas cessé de consigner ses impressions dans des carnets: les combats, la libération de l’Europe, la dénazification. Quatorze ans après, Glenn Gray se replonge dans son journal pour se souvenir. Le résultat est ce remarquable petit livre, une méditation philosophique sur le sens de la guerre et l’attrait de la bataille. Glenn Gray s’efforce de donner du sens à son expérience de la guerre en restant au plus près du vécu et des sentiments ressentis. De sa belle écriture poétique, il sait rendre ce qui est au coeur du quotidien d’un soldat: le passage progressif de l’état de civil à celui de combattant, la loyauté à l’égard des compagnons d’armes, la tendance constante à déshumaniser l’ennemi, et cette forme d’exaltation que le philosophe explique par la dimension érotique de la guerre. Les Guerriers est un ouvrage exceptionnellement incarné, qui donne à voir la guerre comme peu de témoignages, même parmi les plus remarquables, ont jamais réussi à le faire. Glenn Gray nous invite à nous défaire de la confortable justification morale offerte aux soldats américains par leur victoire sur les totalitarismes et réexaminer l’expérience de guerre avec honnêteté et lucidité.