Extrait
La philosophie peut-elle devenir populaire ?
Quand les philosophes parlaient...
La philosophie peut-elle devenir populaire ? Si personne n'est a priori hostile au savoir, il n'en reste pas moins que nous opérons des hiérarchies entre les disciplines, car le temps est compté ; il ne faudrait pas le gaspiller en efforts inutiles. La philosophie dans son histoire a pu être tenue en bonne estime ; il serait naïf de croire qu'elle tient aujourd'hui le haut du pavé dans les apprentissages.
Il n'en a pas toujours été ainsi. Combien d'écoles furent fondées et surtout fréquentées par toute une jeunesse ? Platon, Zénon, Aristote, Pyrrhon, Chrysippe, Épictète furent entourés d'élèves. La ville d'Oenanda, sous l'expertise d'un autre Diogène que celui qui nous occupe aujourd'hui, a fait bâtir un mur de quatre-vingts mètres de long, sur lequel chaque citoyen pouvait lire les maximes épicuriennes. Il fut une époque pendant laquelle les philosophes parlaient.
Mais les temps changent et il faut croire que l'homme d'aujourd'hui possède au naturel suffisamment de philosophie pour se permettre d'en ignorer les maîtres.
Nombreux sont les spécialistes qui déploreront la difficulté de donner de l'écho à leurs savoirs et la philosophie n'est pas la seule répudiée de son siècle. Toutefois, il semblerait que la philosophie ait le droit à une petite faveur. Pour toutes les disciplines, chacun accordera qu'un maître qui initie et accompagne le savoir n'est pas superflu, car il faut bien qu'un tiers vous montre le contenu. Pour toutes les disciplines, et malgré leurs difficultés, on saura démontrer à peu de frais qu'elles sont ultimement intéressantes, utiles, parfois dévoyées de leur but premier, mais dignes. Il en va autrement pour la philosophie : elle est réputée difficile, ce qui est incontestable ; l'étonnant est qu'elle est jugée inutile au superlatif, inutile parce que trop difficile.