Cruel univers que celui de la littérature qui offre généreusement l'éternité à certains auteurs et voue les autres à l'oubli... Réalité d'autant plus cruelle que, bien souvent, les critères retenus pour ce «tri sélectif» n'ont rien de véritablement objectif.
Parmi les pionniers de la littérature policière, une poignée de noms trônent, indéboulonnables, depuis des décennies: ceux d'Eugène Sue, d'Emile Gaboriau, de Ponson du Terrail, de Gaston Leroux ou de Maurice Leblanc. Au-delà de cette première cohorte, quelques autres surnagent avec difficulté: Charles Barbara, Fortuné du Boisgobey, Jules Lermina. D'autres enfin, ont complètement disparu et ne se retrouvent même pas dans les bibliographies ou autres historiques consacrés à ce type de littérature. C'est le cas pour Maurice Drack, romancier, dramaturge et journaliste, de son véritable nom Auguste Alfred Poitevin, né en 1834 et mort à Paris en 1897.
Difficile pourtant de justifier l'oubli absolu qui recouvre aujourd'hui son oeuvre car, sans chercher à voir en lui un «génie méconnu», il suffit de lire quelques-uns de ses romans pour réaliser qu'ils rivalisent sans honte avec la plupart des récits des illustres auteurs que nous avons nommés plus haut.
Maurice Drack pourtant, a joui d'une réputation tout à fait honorable en son temps. Passionné de théâtre, il est l'auteur de plusieurs pièces {L'Occasion, Cromwell, La P'tiote, La San-Felice...) jouées dans divers théâtres parisiens (le Château d'eau, la Gaieté, le Gymnase...) Il est également le coordonnateur d'un ouvrage intitulé Le théâtre de la foire, la comédie italienne et l'opéra-comique: recueil de pièces choisies jouées de la fin du XVIIe siècle aux premières années du XIXe siècle, livre qu'il complète d'une étude historique, de notes et d'une table chronologique (Firmin-Didot, 1889).