Extrait
Les foules qui accourent en grand nombre aux rencontres avec le pape François sont le signe visible que sa figure non seulement continue à attirer, mais qu'elle pénètre toujours davantage les coeurs, qu'elle conquiert et émeut. En un certain sens, il est devenu le nouveau «curé du monde» qui, par ses paroles et ses gestes, par sa façon de s'exprimer, de dire un mot et de sourire, a tracé un sillon profond en créant un nouveau type de communication entre lui et les gens, entre prêtres et laïcs, entre croyants et non-croyants.
Ce qui, dès le début de son pontificat, a frappé chez lui, comme un trait caractéristique de sa physionomie humaine et spirituelle, ce n'est pas uniquement sa spontanéité, son naturel, l'amabilité et la cordialité qu'il a manifestées à tout le monde et qui aussitôt ont suscité un mouvement spontané de sympathie, de confiance et d'espoir. Ce qui a frappé plus encore, c'est sa liberté, intérieure et extérieure, étrangère à tout ce qui est superflu et secondaire, à tout ce qui encombre et hypothèque les réalités qui ont de l'importance et qu'il s'efforce de mettre en lumière. Sa volonté de simplifier son habit, ainsi que les rituels de la curie, doit être interprétée comme l'expression de ce besoin absolu de liberté. Le fait qu'il ait aussi choisi Sainte-Marthe comme sa maison, plutôt que de résider dans le palais du Vatican, et préféré la chapelle de Sainte-Marthe comme son église paroissiale, pour les messes et les homélies quotidiennes, est un autre signe - également révolutionnaire, à sa manière - non seulement de son rejet des conventions officielles, mais aussi de sa ferme volonté d'avoir des conversations, des rencontres, des amitiés : autant d'exigences spontanées et nécessaires pour l'homme et l'évêque de Rome François.
À vrai dire, la fascination qu'exerce le pape François tient à la conjonction de ces deux éléments : d'une part, sa propre image, habitée et communiquée avec son style d'homme et de pasteur ; d'autre part, l'idée de l'Église qu'il présente, communauté d'amour et de service. Ses catéchèses sont exactement l'alliance de ces deux réalités. Elles frappent, non parce qu'il dit des choses extraordinaires ou inédites, mais parce qu'il fait de la théologie en parlant au coeur, en rattachant simplement l'Évangile aux réalités quotidiennes, grandes ou petites, avec les paroles simples du bon sens et de la vie.
Ces traits de sa personnalité sont désormais bien connus, et ils se manifestent chaque fois qu'il parle et apparaît en public. Sa parole écrite reflète elle aussi cette manière d'être, avec la seule différence qu'elle ne peut pas faire entendre le timbre de sa voix, doux comme une caresse, et donc ne peut exprimer pleinement la chaleur du «coeur qui parle au coeur» (cor ad cor loquitur). Elle réussit néanmoins à la faire ressentir, car le lecteur perçoit le souffle du pasteur qui aime «l'odeur des brebis» - comme se plaît à dire le pape - et qui pour cette raison veut se mêler à elles en les guidant vers Jésus, «le Pasteur suprême» (l P 5,4). --Ce texte fait référence à l'édition Relié .