Voilà maintenant plus de trente ans que je travaille sur les questions de la mort, de la fin de vie, des expériences de mort imminente et des contacts spontanés avec les morts. Mon intérêt pour cette thématique est né de la lecture de La Vie après la vie, première étude majeure sur les expériences de mort imminente (EMI) publiée à l'époque moderne, et fondement de la thanatologie (étude de la mort) actuelle. Cet essai a été un élément déclencheur, qui a incité des chercheurs du monde entier à étudier de manière scientifique les états de conscience des personnes en fin de vie. Les expériences de mort imminente démontrent que l'homme est un être spirituel qui suit, au moment de sa mort, un cheminement éminemment spirituel. Dans le même temps, une chercheuse d'origine suisse, Elisabeth Kübler-Ross, s'est appuyée sur ses observations au chevet de personnes mourantes pour approfondir notre compréhension de ce qui se produit au moment de la mort. Elle n'a pas hésité à parler avec les mourants de leurs sensations, et s'est aperçue que les patients avaient conscience du peu de temps qu'il leur restait à vivre. Nous la retrouverons au cours de ce livre, car c'est elle qui a fait sortir la mort du déni où elle était maintenue et l'a amenée dans la sphère publique. Au début des années 1980, elle a participé à diverses émissions de télévision, occasions pour elle de remettre en cause les lieux communs habituels sur la mort. Ce furent pour moi des moments marquants, inoubliables, qui ont transformé pour toujours ma vision du monde, et aujourd'hui encore, je me réjouis d'avoir rencontré cette femme extraordinaire. Elle a rédigé la préface de mon premier livre Auch Du lebst ewig, et en 2000, j'ai pu passer une semaine chez elle, à Scottsdale, en Arizona. Nos conversations, très intenses, furent publiées à l'époque dans plusieurs revues. En 1986, on a diagnostiqué un cancer à ma mère, Hildegard Jakoby. Lors d'une première intervention, on lui a retiré l'estomac, plusieurs parties des intestins, la vésicule biliaire et la totalité de l'épiploon. A l'époque, je croyais qu'il était tout à fait impossible de survivre à une telle opération; pourtant, pendant deux ans, il sembla qu'elle allait résister à la maladie. Mais le cancer est ensuite revenu en force: elle a dû subir plusieurs opérations et chimiothérapies. Dans le même temps, mon père a développé un cancer du côlon, avec des complications sans fin. Au cours des deux années suivantes, il ne se passa pas un jour sans que l'un ou l'autre de mes parents se trouvât en soins intensifs ou en chimio. Je peux dire à présent que cette période a bouleversé ma vie. Mon père est mort en août 1990, suivi de peu par ma mère. Au moment de mourir, lorsque celle-ci m'a dit adieu, j'ai senti à la fois les larmes me monter aux yeux, et un immense soulagement de la voir enfin libérée de ses indicibles souffrances. En effet, la prise en charge de la douleur était alors loin d'être aussi développée que celle que nous connaissons actuellement. Chacun était abandonné à son sort. Par la suite, j'ai été amené, par le hasard des circonstances, à accompagner plusieurs proches vers la mort. C'est cette expérience qui m'a décidé à m'intéresser à la vie après la mort. Surmonter la mort de mes deux parents et supporter cette souffrance n'a pas été chose facile. A plusieurs reprises, j'ai cru que j'allais m'écrouler. A présent, je comprends que ces épreuves m'ont préparé pour ce qui est devenu l'objectif de ma vie: transmettre au grand public les dernières découvertes sur la mort et la vie d'après.