- Mère-Grand, que vous avez de grands bras! - C'est pour mieux t'embrasser, mon enfant. - Que vous avez de grandes oreilles! - C'est pour mieux t'écouter, mon enfant.»
Le Petit Chaperon rouge, Charles Perrault
Voilà comment s'y prendrait un loup pour définir une grand-mère: quelqu'un qui vous embrasse et qui vous écoute. Plutôt bien vu, non? Le conte précise aussi, dans les premières lignes, que cette mère-grand était «folle de sa petite-fille» et que c'est elle qui lui avait cousu son habit rouge. Aimante, câline, attentive, couturière ou tricoteuse... que dire de plus pour parfaire la définition d'une grand-mère? Ajoutons que c'est quelqu'un d'une valeur inestimable pour ses petits-enfants, d'où le grand malheur qu'il y aurait à la perdre, par exemple dans la gueule d'un loup. (Notons toutefois que la version des frères Grimm est plus optimiste que celle de Perrault, des chasseurs récupérant la mamie dans le ventre du loup).
«Grand-maman», drôle d'expression. Mais pas tant que cela pour un enfant: pour lui, c'est tout simplement une maman qui a grandi. Vieillir ne fait pas partie du vocabulaire d'un enfant: tous les jours on lui dit qu'il grandit, et c'est une qualité. Que dire alors d'une bonne-maman? Une maman encore meilleure que maman, si cela est possible?
En tout cas, une maman bis, disons, le temps des vacances. Celle à qui maman (ou papa) nous confie, c'est-à-dire l'adulte réfèrent à qui l'on peut faire confiance. Et pour cause! C'est elle qui a «fait» l'un des parents. «Est-ce que c'est vrai, Mamie, que quand Maman était petite, elle était dans ton ventre?» Grand mystère qui mérite à lui seul le respect: non seulement Mamie sait plein de choses (le secret de la confiture de mûres, la technique du crochet, des histoires d'amour, de guerre ou de messe...), mais, en plus, elle a connu les parents quand ils étaient petits! Une sorte de pythie du passé. Tellement ancienne et savante que nombreux sont les enfants qui vont jusqu'à lui demander si elle a connu l'époque des chevaliers, voire des dinosaures... Bah! quand on a suffisamment de printemps sur son CV pour avoir connu les toilettes au fond du jardin et la télévision en noir et blanc, pourquoi ne pas l'imaginer fréquentant Cro-Magnon dans sa jeunesse?
Une grand-mère, c'est un puits sans fond. Un puits d'années, de souvenirs, de connaissances. Un infini précieux mis à portée de main. Il suffit souvent au petit-enfant de savoir «appuyer sur le bon bouton» pour obtenir à l'envi une chanson d'autrefois, une comptine de derrière les fagots ou une anecdote d'avant-guerre. C'est très rassurant d'avoir la chance de côtoyer quelqu'un d'aussi âgé quand on n'en est qu'au début du chemin: c'est la promesse que le voyage sera encore long et ses détours imprévisibles. On est haut comme trois pommes, on a pourtant l'impression d'être déjà grand, d'avoir un infini derrière soi depuis qu'on n'est plus un bébé, et voilà qu'on nous annonce que cet infini est peu de chose par rapport à celui qui nous attend et qu'on appelle l'avenir. Vraiment? Pouvoir vivre aussi vieux que Bonne-Maman, c'est à peine croyable. Ce serait comme imaginer nager dans une piscine de billes alors qu'on en a seulement une poignée dans sa poche. Une véritable garantie d'insouciance pour un bon bout de temps.