Partons d'un postulat: on ne croise pas impunément le chemin posthume de Jean-Jacques Rousseau. Pas de juste milieu dans les sentiments qu'inspire celui qui a indiscutablement laissé sa marque dans le répertoire des grandes oeuvres de l'humanité et qui, depuis sa demeure du Panthéon, a influencé de grands mouvements de pensée et suscité bien des révolutions: Rousseau n'inspire ni la tiédeur ni l'indifférence, mais des postures souvent extrêmes. Haine ou adoration. L'éternité serait-elle à ce prix?
La haine, on la croise chez des illustres comme dans l'anonymat des livres d'or des Charmettes par exemple, sous la forme de libelles violents et haineux: «La rousseaulâtrie passera, pour l'honneur de notre société! Patience, ô mânes de J.-J.! Dans cinquante ans, la dent des rats aura rongé, je pense, la dernière feuille du Contrat social! Et il restera de toi, sophiste, ce qu'il reste d'un météore éblouissant! Un vague souvenir!». Signé: un de tes ennemis bien sincères (dans les premiers livres d'or des visiteurs des Charmettes, au début du XIXe siècle). Mais aussi et comme en contrepoint: «Dans ce temps où une catastrophe terrible nous menace, la barbarie totalitaire sévit, tu serais avec nous, Jean-Jacques, dans la lutte pour la liberté - et tu serais aussi haï et poursuivi par les barbares comme tu le fus par les despotes de ton temps. Tes paroles ont gardé tout leur sens pour notre siècle si tourmenté. Vive la liberté!». Signé: un étudiant allemand, le 6 juin 1938 (...)