Extrait
À quelque chose malheur est bon
C'était le soir, un soir d'automne d'une beauté étincelante comme on en connaît seulement dans le sud de la France.
Terre et ciel se confondaient, perdus dans la même couleur violette, et une brume laiteuse s'étendait sur le village de Vindouris. Mais, au-dessus, les monts de l'Esterel flamboyaient. Le soleil couchant accentuait le rouge sombre des roches, allumait des roux et des orangés dans la végétation. À cette heure-là, le temps semblait hésiter. Les bruits du jour, parfois stridents - crissements et bourdonnements d'insectes, chants aigus d'oiseaux, froissements d'herbes sèches, sifflement du vent dans la cime des arbres -, s'arrêtaient. Ceux de la nuit n'étaient pas encore là. La nature semblait miraculeusement calme, attentive. Enfin, après un dernier chatoiement, tout bascula dans la nuit.
Construit quarante ans auparavant par les parents de l'ancien propriétaire, et niché sur une petite éminence, au milieu des pins et des chênes-lièges, le mas des Deux-Vents dominait le village.
Passé la grille de fer forgé, toujours ouverte, une allée ombragée menait jusqu'au perron. Une vaste terrasse - seul luxe du lieu - permettait aux occupants d'admirer le magnifique spectacle des monts perdus dans la forêt.
On ne voyait pas la mer, mais, à une certaine douceur iodée de l'air, on la devinait toute proche. Parfois même, surtout le soir, on percevait son bruit monotone et, tout le jour, mouettes et goélands emplissaient le ciel de leurs cris.
Henri Monceval, homme bourru et taciturne, était le vétérinaire du petit bourg de Vindouris. Sa femme France, de santé fragile, aimait la sérénité du mas des Deux-Vents où ils vivaient depuis des années. Elle avait choisi elle-même l'emplacement de la roseraie, derrière la maison, près d'un délicieux petit kiosque d'été. Quelques fauteuils, autour d'une grande table blanche, incitaient à goûter la douceur du soir.
Une petite Austin rouge s'engagea soudain dans l'allée et s'arrêta au bas du perron. Une jeune fille élancée en sortit. Malgré sa tenue sportive - polo bleu et jean moulant de longues jambes -, Hélène Monceval avait une sorte de grâce un peu ancienne, un charme presque raffiné. De beaux yeux noisette, de longs cheveux mousseux, blonds, adoucissaient des traits réguliers, mais légèrement anguleux.
Impulsive, spontanée, parfois têtue, allant jusqu'au bout de ce qu'elle s'était fixé, Hélène avait l'allure et la vivacité d'une fille indépendante. Mais son regard souvent anxieux, toujours mobile, laissait deviner une sensibilité exacerbée. Il effleurait parfois les gens et les objets, à la recherche, semblait-il, de quelque chose ou de quelqu'un. Pourtant, à vingt-trois ans, tout paraissait lui réussir. Pianiste virtuose, elle commençait à donner des concerts dans toute la France. Le reste du temps, elle était professeur de piano à Saint-Raphaël. Elle occupait aussi la charge d'organiste dans la petite église de Vindouris, par amitié pour le vieux curé de la paroisse, l'abbé Braillet, qui avait marié ses parents et l'avait baptisée. Elle arrivait d'ailleurs de chez lui. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
C'était le soir, un soir d'automne d'une beauté étincelante comme on en connaît seulement dans le sud de la France.
Terre et ciel se confondaient, perdus dans la même couleur violette, et une brume laiteuse s'étendait sur le village de Vindouris. Mais, au-dessus, les monts de l'Esterel flamboyaient. Le soleil couchant accentuait le rouge sombre des roches, allumait des roux et des orangés dans la végétation. À cette heure-là, le temps semblait hésiter. Les bruits du jour, parfois stridents - crissements et bourdonnements d'insectes, chants aigus d'oiseaux, froissements d'herbes sèches, sifflement du vent dans la cime des arbres -, s'arrêtaient. Ceux de la nuit n'étaient pas encore là. La nature semblait miraculeusement calme, attentive. Enfin, après un dernier chatoiement, tout bascula dans la nuit.
Construit quarante ans auparavant par les parents de l'ancien propriétaire, et niché sur une petite éminence, au milieu des pins et des chênes-lièges, le mas des Deux-Vents dominait le village.
Passé la grille de fer forgé, toujours ouverte, une allée ombragée menait jusqu'au perron. Une vaste terrasse - seul luxe du lieu - permettait aux occupants d'admirer le magnifique spectacle des monts perdus dans la forêt.
On ne voyait pas la mer, mais, à une certaine douceur iodée de l'air, on la devinait toute proche. Parfois même, surtout le soir, on percevait son bruit monotone et, tout le jour, mouettes et goélands emplissaient le ciel de leurs cris.
Henri Monceval, homme bourru et taciturne, était le vétérinaire du petit bourg de Vindouris. Sa femme France, de santé fragile, aimait la sérénité du mas des Deux-Vents où ils vivaient depuis des années. Elle avait choisi elle-même l'emplacement de la roseraie, derrière la maison, près d'un délicieux petit kiosque d'été. Quelques fauteuils, autour d'une grande table blanche, incitaient à goûter la douceur du soir.
Une petite Austin rouge s'engagea soudain dans l'allée et s'arrêta au bas du perron. Une jeune fille élancée en sortit. Malgré sa tenue sportive - polo bleu et jean moulant de longues jambes -, Hélène Monceval avait une sorte de grâce un peu ancienne, un charme presque raffiné. De beaux yeux noisette, de longs cheveux mousseux, blonds, adoucissaient des traits réguliers, mais légèrement anguleux.
Impulsive, spontanée, parfois têtue, allant jusqu'au bout de ce qu'elle s'était fixé, Hélène avait l'allure et la vivacité d'une fille indépendante. Mais son regard souvent anxieux, toujours mobile, laissait deviner une sensibilité exacerbée. Il effleurait parfois les gens et les objets, à la recherche, semblait-il, de quelque chose ou de quelqu'un. Pourtant, à vingt-trois ans, tout paraissait lui réussir. Pianiste virtuose, elle commençait à donner des concerts dans toute la France. Le reste du temps, elle était professeur de piano à Saint-Raphaël. Elle occupait aussi la charge d'organiste dans la petite église de Vindouris, par amitié pour le vieux curé de la paroisse, l'abbé Braillet, qui avait marié ses parents et l'avait baptisée. Elle arrivait d'ailleurs de chez lui. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.