"Je vais certainement rentrer à New York la semaine prochaine et me mettre en chasse d'un endroit où me retrancher le temps de finir mon livre qui, Dieu m'est témoin, n'avance pas vite. Je crois que je vais l'intituler La Mort c'est pour les poires. Il ne s'agit pas d'un roman policier". Cette phrase figure dans une lettre adressée le 17 septembre 1936 par Dashiell Hammett à sa fille cadette Mary et pourtant, on n'a jamais rien retrouvé du livre évoqué. Si ce mystère demeure, une partie de la correspondance du romancier est désormais disponible sous la forme de cet impressionnant volume qui rassemble plus de mille lettres écrites entre 1921 et 1960. L'ouvrage, divisé en cinq parties [Écrivain ; Célébrité ; Soldat ; Militant ; Survivant] et agrémenté de nombreuses notes, constitue l'outil idéal pour approcher la personnalité de Hammett. Époux et père attentionné, il courait les femmes et, bien que miné par l'alcool et la maladie, maniait avec élégance l'autodérision. D'autres lettres rendent compte de sa liaison avec la dramaturge Lilian Hellman, confirmant qu'il l'aida pour certaines de ses pièces. On découvrira aussi son activité politique et son soutien aux Républicains espagnols ou au Parti communiste américain. On le retrouve soldat pendant la Seconde Guerre mondiale, puis jeté en prison lors de la chasse aux sorcières et persécuté par la suite jusqu'à sa mort en 1961. Après Chandler, le "père du roman noir" méritait bien ce copieux recueil de correspondance qu'on picore par étapes avec délice. --Claude Mesplède