Adalberto Libera naît en 1903 à Villalagrina (TN), en territoire encore austro-hongrois sur le plan politique. En Italie, le problème de l'irrédentisme est particulièrement vif et, avec le déclenchement de la première guerre mondiale, l'Europe doit, encore subir un processus de révision de ses frontières et de ses Etats. A la fin du conflit, le Trentin et le Friuli passent à l'Italie et l'atmosphère qui enveloppe cet événement renforce l'identité nationale du Pays, où politique et culture tentent de faire mûrir une conscience historique unitaire auprès d'une population aux traditions plurielles. Le jeune Libera montre très tôt son goût pour l'art. A l'âge de onze ans, il exécute des dessins au crayon et à l'encre. Le trait est sûr, les proportions harmonieuses. Il signe des esquisses aux caractères encore emprunts d'art nouveau. Sa passion pour le dessin ne l'abandonnera jamais, bien au contraire: de l'ébauche rapide naîtront ses chef-d'œuvre d'architecture. En 1915, à cause de la guerre, il se rend à Parme, ville de sa famille maternelle. Il poursuit ses études au lycée; on 1923, il est admis au cours spécial d'architecture de l'Institut d'Art National; de 1924 à 1925, il entre à l'Ecole Supérieure de Mathématiques; l'année suivante, il va à Rome et s'inscrit à l'Ecole Supérieure d'Architecture. Le décès de l'architecte Antonio Sant'Elia, mort au front, auteur du Manifeste futuriste de l'Architecture en 1914, interrompt la voie demeurée, hélas, seulement théorique, du renouveau culturel italien. L'Italie, dans les Années Vingt, a encore de sérieuses difficultés à s'insérer dans le contexte européen, alors que la. France et l'Allemagne sont à l'avant-garde artistique. Dans le pays, se dessinent deux courants architecturaux: l'un où s'expriment des interprétations classicisantes à caractère académique, l'autre, où opère un groupe de jeunes architectes qui, en 1926, fondent le Mouvement Italien d'Architecture Rationaliste: Il s'agit en particulier du Groupe 7, formé par L. Figini, G. Frette, S. Larco, G Pollini, E. Rava, G. Terragni et U.Castagnoli, remplacé ensuite par Libera. Son activité est connue depuis 1928, grâce à l'Exposition d'Architecture Rationnelle à Rome à laquelle participe le Groupe 7 et de nombreux architectes italiens, qui s'engagent dans une certaine polémique avec les collègues traditionalistes menés: par Marcello Piacentini: Rome représente pour Libera un objectif, tant du point de vue de l'étude, que pour le fort attrait culturel qu'elle exerce. Dans la capitale, on décide du sort de la représentativité italienne et Libera conçoit et réalise des pavillons pour différentes Expositions en Italie et à l'étranger: Rome (1932), Chicago (1933), Bruxelles (1935). Il participe aux grands concours nationaux, tenant à sa fierté et à son autonomie professionnelles. Sa production architecturale résidentielle, menée durant les années 1928-1932 est, aile aussi, particulièrement féconde. Elle se situe dans la typologie économique illustrée par des esquisses et des dessins perspectifs raffinés, d'inspiration encore futuriste. Dans les réalisations publiques comme la colonie GIL de Portocivitanova Marche de 1931, la personnalité créatrice de Libera se détache définitivement de l'expérimentation graphique et s'engage vers des œuvres monumentales, dans le temps et l'espace, comme le Bureau de Poste de l'Aventin à Rome en 1933. L'Ecole Primaire de la place Raffaello Sanzio, à Trente, représente la savante et nouvelle proposition constructive faite à l'Education Nationale; où la recherche formelle est strictement liée aux exigences relatives de la pédagogie et de l'hygiène des communautés scolaires. La deuxième guerre mondiale arrête l'essor professionnel; l'après-guerre est laborieux, surtout à cause des changements politiques, qui requièrent moins de représentativité, mais plus de constructions. L'Italie doit faire face à des villes dévastées par les bombardements, évacuées et abandonnées parla population, phénomène qui s'inverse après la guerre et entraîne une nouvelle urbanisation, donc un besoin de logements. Libera est prêt à affronter ces nouvelles exigences. Il a une solide expérience dans le domaine résidentiel, ses recherches sur la technique fonctionnelle de l'habitat et ses projets précédents pour les logements le projettent vers de nouveaux domaines expérimentaux comme l'unité d'habitation du Tuscolano à Rome, de 1950-1953, qui figure parmi les réalisations les plus importantes des années cinquante. Durant ces années, à Cagliari, naissent deux réalisations fondamentales: le Pavillon de la Caisse du Mezzogiorno de la Foire de Cagliari et les immeubles de l'I.E.E.P. de via Pessina en 1951. La carrière de Libera continue incessamment avec des commandes italiennes et étrangères. Son engagement académique, entre l'Université de Florence et celle de Rome, s'est avéré fondamental. C'est à Rome qu'il s'éteint prématurément en 1963.