À cour, en fond, un homme est là, assis ou debout, vêtu avec élégance de vêtements fluides... Arrive alors une jeune femme, jolie, fraîche, d'allure décidée... Elle porte dans ses bras un gros bouquet de fleurs et va, en chantonnant et virevoltant, disposer une à une les fleurs dans un vase... L'homme la regarde, puis disparaît à la venue de la seconde femme.
NINA. - Ces fleurs ont un parfum de premier matin du monde... Qu'elles sont belles! Et comme le jardin est magnifique! Ces parterres de roses, ces corbeilles aux mille couleurs... On dirait un coquillage marin. Cette maison est un véritable paradis!
CÉCILE, qui entre. - Un paradis, un paradis, c'est vite dit! Un nid à poussière, oui.
NINA. - Oh... Tu n'aimes pas?
CÉCILE. - Quoi, la poussière? Si, mais à petite dose.
NINA. - Elle me plaît, à moi.
CÉCILE. - Eh bien, tant mieux.
NINA. - Je trouve qu'elle a une âme.
CÉCILE. - La poussière? Une âme, ben voyons...
NINA. - Mais non, la maison... Cette maison a une âme, elle a quelque chose de particulier, tu ne sens pas?
CÉCILE. - Si, ça sent le chien mouillé.
NINA. - Tu exagères. Regarde-moi ce bouquet, il est parlant, non?
CÉCILE. - J'entends rien.
NINA. - Eh bien, à moi il me parle.
CÉCILE. - Tu lis dans la chlorophylle, toi, maintenant? La poussière, la chlorophylle... De mieux en mieux. Enfin, Nina, tu peux me dire pourquoi on a accepté cette vieille baraque? On aurait dû la revendre tout de suite... On aurait touché l'argent et, à cette heure-ci, on serait aux Bahamas ou à Tahiti, au Club Med, à lézarder au soleil comme des princesses et à se faire servir comme des reines.
NINA. - Un héritage de famille, ça ne se refuse pas.
CÉCILE. - Celui-là, si. En plus, cet oncle Alphonse, on le connaissait même pas.
NINA. - C'était un petit-neveu ou un cousin éloigné de papa, je crois. On a dû le voir une fois ou deux il y a longtemps.
CÉCILE. - Peut-être bien.
NINA. - Il vivait à l'étranger, marié à une Canadienne il me semble... À Toronto, oui, c'est ça, il vivait à Toronto... Plus jeune, il avait acheté cette maison, mais vu la distance, il n'y venait pratiquement plus. Bref, à sa mort, nous nous sommes retrouvées les seules héritières.