Rien n'y fait : malgré toute l'attention individuelle des élèves et des familles, l'avancée spectaculaire des filles dans les dernières décennies, l'école unique mise en place dès les années soixante, statistiquement, la réussite scolaire reste affaire d'origine sociale. Cela dure, cela perdure. Des études innombrables ont été menées, psychologues, linguistes, sociologues, pédagogues et didacticiens ont accumulé une somme de connaissances impressionnante, mais, chaque fois, partielles, limitées. Certaines voix, de droite et de gauche, en concluent même que cette inégalité scolaire est dans l'ordre des choses. Il faut repenser, à nouveaux frais, à la racine et dans son ensemble, cette question. C'est ce que fait le livre de Jean-Pierre Terrail : il propose donc une explication des inégalités scolaires, et de leur résistance à plusieurs décennies de lutte contre l'échec scolaire. S'appuyant sur le patrimoine accumulé des recherches de terrain, empruntant à l'anthropologie, à l'histoire, à la sociologie, la psychologie et la linguistique, l'enquête conduit l'auteur à réexaminer minutieusement quelques grandes pièces du dossier : la thèse du handicap socio-culturel, les principes d'analyse de Piaget et Vygotski, les procédures institutionnelles et pédagogiques mises en place depuis les années 1960 pour l'accueil des nouveaux publics. Démocratiser l'accès aux savoirs : une ambition vraisemblable mais nécessairement radicale, argumente-t-il en conclusion.