Une soirée cossue d’aujourd’hui, au Danemark, les hommes passent au salon, après le repas, pour y goûter alcools fins et cigares, en échangeant quelques propos convenus. Tandis que l’air s’alourdit sous la fumée et les débuts de digestion, l’hôte, entre fatigue alcoolique et âge, enfoncé dans un fauteuil, fantasme par éclairs une passion sexuelle avec sa fille adolescente. Au pays de Festen et de Kierkegaard, Ane Schmidt met en scène le désir sexuel interdit, celui de l’inceste. Mais à travers ce propos, c’est un usage politique, transgressif du désir qui éclate ici. En parallèle au désir pour sa fille s’exprime chez le père un goût du désespoir profond qui le mène à désirer sa fille, mais aussi à s’enivrer au dernier degré avec des inconnus dans les bas-fonds de Copenhague, à se coucher dans sa folie, à se salir, à s’abandonner. Un récit court et brutal, où l’inceste est le point critique symbolique entre eros et thanatos.