Une maison à Ramallah. Assis autour de la table, la Vieille Nada et le Vieux Youcef. Présent durant toute la scène, Ali sirote son thé en silence.
LA VIEILLE NADA.- Au bain!
LE VIEUX YOUCEF.- Non.
LA VIEILLE NADA.- Allez, au bain!
LE VIEUX YOUCEF.- J'ai horreur de l'eau.
LA VIEILLE NADA - Youcef, il le faut.
LE VIEUX YOUCEF - Non.
LA VIEILLE NADA - Youcef, on en a déjà parlé.
LE VIEUX YOUCEF - L'eau est froide. Ali, explique-lui.
LA VIEILLE NADA - Je t'ai dit de ne pas faire ça!
LE VIEUX YOUCEF.- Ali, Ali, Ali, Ali, Ali...
LA VIEILLE NADA.- Écoute-moi. Ne fais pas ça!
LE VIEUX YOUCEF - Tu vois? Il faut toujours qu'elle me commande. Je n'ai même pas le droit de parler à mon frère.
LA VIEILLE NADA - Arrête tout de suite. Tu sais très bien ce que je veux dire. Tu as besoin de prendre un bain, Ali n'a rien à voir là-dedans. Tu sens. Fiche-lui la paix, va te préparer.
LE VIEUX YOUCEF.- Je reveux du thé.
LA VIEILLE NADA - C'est ta cinquième tasse! Ne cherche pas à gagner du temps.
LE VIEUX YOUCEF - Du temps? Le temps, nous ne le donnons pas, nous ne le prenons pas. (Il pouffe.) Cette nuit, ils n'ont pas arrêté de tirer. Des soldats ont investi le centre de Ramallah. Les garçons leur ont jeté des pierres, ici, sur la place Manara. Je ne peux pas aller dans la rue, d'accord? Donc, pourquoi prendre un bain?