On connaît l'argot du titi parisien, celui des colporteurs et des crieurs de journaux, recueilli, entre autres, au début du XIXe siècle par le prince des camelots, Napoléon Hayard. On connaît moins le patois parisien, la langue des gens de la rue, harengères et mégères, parlée dans la capitale depuis la Fronde et jusqu'à la Révolution et même au-delà. Certains ont contesté l'existence d'un tel parler selon le principe que c'était dans la capitale du royaume que se fixaient la langue et l'usage; ce qui s'y parlait ne pouvait donc qu'être orthodoxe, excluant par là même la possibilité d'un «patois de Paris». Ce ne fut pas l'avis de Charles Nisard qui se pencha longuement sur la question et écrivit une recension de la langue parlée à Paris aux XIIe et XIIIe siècles dans les milieux populaires. On reprocha à Nisard de s'être trop appuyé sur «le théâtre poissard», ancêtre de notre «boulevard» qui fleurissait alors à Paris et auquel il fait constamment référence. On a même parlé de mystification (selon Ferdinand Brunot cité par Jakob Wuëst), ce parler aurait été fabriqué par les auteurs des pièces poissardes, satires et autres Mazarinades, d'auteurs aujourd'hui oubliées, Vadé, Jouin, Boudin..., dans un but comique, reprenant jusqu'à satiété les déformations des mots et des prononciations paysannes pour créer un effet burlesque.