"Nos ancêtres les Gaulois." C'est ainsi que débutent les cours d'histoire des écoles du Tonkin, du Dahomey ou du Soudan, à l'orée du XX? siècle. Le domaine colonial français - 11 millions de kilomètres carrés, 48 millions d'habitants - occupe alors le deuxième rang mondial. L'apprentissage de la langue est l'élément clé de la francisation. Hygiène, discipline et morale, les valeurs civilisatrices, sont inculquées sur un mode paternaliste tricoté de racisme. Le traitement manichéen réservé à l'expansion coloniale dans les manuels scolaires reflète l'idéologie d'alors : le colonialisme envisagé comme une nécessité politique, économique et humanitaire, une oeuvre républicaine apte à établir ordre et paix. Un enseignement pour modeler aux besoins de la France une future main-d'oeuvre qu'il importe d'assimiler. En écho, les cartes de géographie détaillent les richesses économiques des "possessions" françaises et des affiches scolaires édifiantes sanctifient Savorgnan de Brazza ou Lyautey comme "pacificateurs". Didier Daeninckx ouvre ici le dossier des errements de la doctrine pédagogique de la France coloniale, entreprise dont les dommages collatéraux sont toujours à l'oeuvre. En s'attelant à ce volet méconnu de l'histoire, l'auteur poursuit son étude des parts d'ombre du fait colonial entamée avec Cannibale.
Notes Biographiques :
Didier Daeninckx naquit à Saint-Denis en 1949. Il a exercé pendant une quinzaine d'années les métiers d'ouvrier imprimeur, d'animateur culturel et de journaliste localier. En 1984, il publie Meurtres pour mémoire dans la Série Noire de Gallimard. Il est également l'auteur de nombreuses nouvelles et de livres destinés à la jeunesse. En 1985, Gallimard publie Le der des ders.